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Ce qu’on retiendra de cette rentrée littéraire : Christine Angot

Une Semaine de Vacances. Un titre un peu cruel bien sûr pour ce dernier livre de Christine Angot qui continue à faire parler de lui bien après sa sortie en librairie. Forcément, le bandeau rouge « rentrée littéraire » est collé dessus, l’écrivain fait souvent scandale. Et cette fois peut-être plus encore.
Pourquoi ? Parce qu’il est (encore) question d’inceste. De cette jeune fille qu’elle était qui se fait violer régulièrement par son père, un homme instruit et raffiné. Certes le concept du livre est louable : oser dire l’inavouable, dire la cruauté des choses dans ce qu’elles ont de plus simple et de plus cru. Sans interprétation, sans recul. Briser le tabou. On ne saura pas le pourquoi du comment, on ne comprendra pas. Et il n’y a sans doute rien à comprendre.
Mais au-delà du concept, on sort de cette lecture écoeuré. « Il lui demande si elle veut bien essayer d’avaler ses testicules, pas complètement mais de les mâchonner avec ses lèvres. Ensuite si elle peut prendre son sexe dans sa bouche. Car il a envie de jouir dans des circonstances plus confortables que tout à l’heure entre les deux portes de la voiture sur le parking de la place de l’église. Et qu’après ils dormiront. »

Presque toutes les 3 pages c’est le même refrain « suce moi » « tu as des beaux seins » « dis merci papa ». Une écriture pas forcément agréable (et c’est sans doute le but) mais l’intérêt pour le lecteur s’en trouve largement limité. Pas de vrai plaisir des mots, l’impression de ressortir sali, et salement excité, par cette histoire . D’y avoir assisté en spectateur consentant.
Si l’idée est bonne, la lecture ne l’est pas et cette opulence de chair donne franchement la nausée.

D’une chair à l’autre

Autre livre, même amas de chair, autre impression : Comme Une Bête, de Joy Sorman. La 4eme de couverture ne fait pas forcément envie, il faut bien le dire : l’histoire d’un amour de la viande, l’histoire d’un boucher. Et pourtant, même si ce livre a très peu fait parler de lui, l’histoire est prenante. On découvre un véritable univers, on s’interroge sur la transformation d’un animal en nourriture, on se familiarise avec le sang, on tâte la chair avec respect. L’écriture elle aussi est au rendez-vous, simple et fluide. On pourrait craindre la plongée dans cet espace macabre mais l’artisan est là pour magnifier la mort, pour la faire oublier. Pour ciseler les mots.

« Les chiens tiennent compagnies, les tigres sont beaux, véloces et cruels, les vaches ne sont pas toujours gracieuses quand elles se déplacent mais elles sont rentables, élevées afin d’être engraissées et abattues, élevées c’est du temps passé ensemble, élevées pour les manger mais pas que, et te manger à la fin de l’histoire ça n’empêche ni la beauté ni la joie ni le lien. La vache, je t’aime tant que je te mange.»

En somme, Une semaine de vacances reste sur l’estomac tandis que Comme Une Bête se savoure comme un bon steack. Sans prétention.

Fanny Bleichner

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